Fleur à la boutonnière, moustache toujours impeccablement taillée, il a fait la pluie, et surtout le beau temps durant 4 ans sur TF1.
Homme de télé et de radio (il a notamment travaillé à Europe 1, France Inter et France Culture), c’est avant tout un amoureux de la langue française et un poète.
Pour BCO Conseil, Michel Cardoze est revenu sur ses débuts d’orateur.
Vous souvenez vous de votre première intervention en public ?
Oui, c’était dans ma première vie ! Une vie de militant politique à la fin des années 50 et au début des années 60. L’étudiant que je fus prenait subrepticement la parole dans des amphithéâtres, c’était l’occasion de parler à 300 ou 400 étudiants en donnant son opinion.
Vous étiez intimidé ?
Non, comme j’avais fait du scoutisme étant jeune et que j’avais exercé des responsabilités d’animateur, j’ai toujours aimé et pratiqué l’expression orale de manière spontanée et naturelle, et j’ose croire, de manière relativement réussie !
Quand vous parliez dans des amphis, comment prépariez-vous vos interventions ?
Il n’y avait pas de réelle préparation, il fallait juste avoir une idée, et des formulations.
Quand on a 18 ans et qu’on se lance sans trop réfléchir dans une « bagarre publique », on a des idées très simples et donc faciles à exprimer.
De plus, à la fin des années 50 et au début des années 60, personne ne se posait la question (sans doute à tord), des techniques d’expression, de séduction et de conviction. Les discours avaient vocation à n’être entendus qu’une seule fois, et uniquement par l’assistance présente, nos propos n’étaient pas enregistrés ou filmés et diffusés dans la foulée sur le net!
Après, quand j’ai commencé ma carrière professionnelle devant un micro, notamment à France Culture pour participer à l’émission « Panorama », il s’agissait de travailler davantage : préparer ses interviews, lire et résumer un bouquin en 2 minutes, il fallait sérier ses idées et être extrêmement précis, mais c’était assez facile et j’ai vite appris.
La télé était-elle plus difficile?
Lorsque je faisais des éditos dans le journal télévisé (début 80) j’avais un prompteur, donc mes interventions étaient calibrées au nombre de signes, ce qui limitait énormément les risques de digressions ou d’échappatoires. J’ai vite appris que pour tenir une minute, il fallait 500 à 600 signes, et une seule et unique idée. J’utilisais les vieilles techniques de Ciréron (qui n’ont pas changé !), à savoir : « captatio » et « seductio », autrement dit, capter l’auditoire et le séduire…
On a le sentiment que vous faites tout cela très naturellement, vous est-il déjà arrivé d’avoir le trac ?
Oui, mais jamais quand je devais faire un édito, la météo ou un papier.
Quand j’ai eu le trac à la radio ou à la télévision, c’est lorsque je participais à des débats et que je devais contradictoirement défendre une opinion ou interroger un homme politique.
A ce moment précis, j’ai eu « la boule au ventre ». On doit employer les mots justes en un temps très court et veiller à ne pas déraper.
Ça vous est arrivé ?
Oui, j’ai dérapé en 1974, face à Jacques Chirac qui était alors premier ministre. Je l’ai traité de menteur (sans y mettre les formes).
C’était à l’époque inconcevable qu’un jeune journaliste de 35 ans ose dire « Monsieur le Premier Ministre, vous mentez » (même si les faits le prouvaient), ce qui m’a valu dans les jours suivants des leçons de maintien de la part de mes confrères dans la presse parisienne, notamment Raymond Barillon, alors journaliste au Monde qui m’a fait la leçon dans son édito en écrivant : « on ne s’adresse pas à un premier ministre comme ça, on ne le traite pas de menteur »
Cette anecdote peut faire sourire quand on connaît les nombreux dérapages bien plus importants qui se sont déroulés par la suite !
Vous avouez quand même avoir déjà eu « la boule au ventre », comment arrivez vous à contourner cela ?
Par la respiration, il faut respirer avec le bas du ventre, un peu comme une femme enceinte, cela permet tout simplement d’éviter la contraction qui se manifeste dans le haut des épaules et dans la nuque.
Parlons un peu de la rhétorique, et de votre amour pour les mots… Vous employez toujours un vocabulaire très riche et très juste.
Je crois que ce qui compte, c’est son capital lecture. Ce qui m’accable beaucoup, et ce qui me rend triste, c’est qu’il y a une génération de journalistes mais aussi d’hommes politiques ou d’hommes publics qui ne lisent pas beaucoup et qui n’ont pas un vocabulaire très varié.
Je pense que le public aime qu’on emploie un vocabulaire riche, pour ma part, ce vocabulaire je le tiens de mes lectures et il m’arrive encore très régulièrement de noter de nouveaux mots.
A l‘école, j’ai appris 2 choses fondamentales : éviter les répétitions dans une même phrase ou dans un même paragraphe, et ne jamais employer le verbe « faire ». On peut toujours utiliser un autre verbe, il faut donc le bannir de toute communication.
Si vous respectez ces deux règles, votre vocabulaire paraitra déjà beaucoup plus riche !
Quel est l’orateur que vous admirez le plus ?
Barack Obama !
Pourquoi ?
Pas seulement pour ses qualités d’orateur, mais aussi pour ses qualités de conteur et sa sincérité.
Lors de son discours aux obsèques de Nelson Mandela, il a eu le culot de dire devant tous les chefs d’état présents et assis à coté de lui : « parmi ceux qui rendent aujourd’hui hommage à Mandela, il y en a qui ne respectent pas les libertés, et massacrent leurs concitoyens ». Oser dire cela et gratter là où ça fait mal, je trouve que c’est le signe des bons orateurs.
J’ai aussi la nostalgie des grands orateurs de la 3eme république, Jacques Duclos, candidat communiste à la présidentielle en 1969, le général De Gaulle, ou François Mitterrand, un des derniers orateurs de cette école là (études classiques, périodes latines), mais aujourd’hui, tout cela ne passerait plus, il faut parler en phrases courtes, avec une seule et unique idée !



