Yves Weisselberger

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Ingénieur de formation, Yves Weisselberger a débuté sa carrière chez Bull.
Il est très rapidement devenu entrepreneur et a créé avec 2 associés la société Klee, une structure spécialisée dans le développement d’applications e-business pour les grandes entreprises, qui emploie aujourd’hui 400 personnes pour un CA de 35 M€.
Yves a ensuite cofondé et dirigé pendant plus de 10 ans la société KDS, un éditeur de logiciel spécialisé dans la réservation de voyages d’affaire, et la gestion de notes de frais pour les entreprises (qui est devenu un des leaders européen du secteur).
Depuis maintenant plus d’un an, il a lancé Snapcar avec son associé Dave Ashton. Snapcar est une application qui permet de réserver via son téléphone portable, une voiture avec chauffeur.
Bien que s’adressant à tous les particuliers désirant bénéficier de ce type de service, la société se développe en priorité auprès des entreprises.
Comme tout porteur de projet et chef d’entreprise, Yves Weisselberger a souvent eu l’occasion de s’exprimer en public et dans les médias.

Est ce qu’un ingénieur issu de Polytechnique est, au cours de sa formation, préparé à s’exprimer en public ?
Pas du tout.
Nous ne sommes absolument pas préparés ou formés à ce genre de chose.
Pour ma part, ce n’était pas très gênant car je me suis tout de suite orienté vers des métiers techniques, mais cela peut être très handicapant pour des élèves qui choisissent des métiers du conseil ou de la finance, et qui vont être très rapidement confrontés à la nécessité de communiquer efficacement, notamment avec des clients et partenaires.

Est ce que vous vous souvenez de votre première intervention en public .
J’étais jeune ingénieur chez Bull et on m’a fait plusieurs fois participer à des cessions de recrutement de nouveaux candidats. Je devais, devant les responsables RH, expliquer aux candidats l’intérêt qu’ils avaient à rejoindre Bull !

Et qu’est ce que vous avez ressenti à ce moment là ?
N’étant pas d’une nature très extravertie, et peu habitué à ce genre d’exercice, j’étais stressé, d’autant plus que je ne n’avais aucune technique d’expression orale.
Dés le début, j’ai essayé de surprendre dans ma façon de faire, en présentant les choses de manière inattendue ou décalée, c’est une technique que j’utilise toujours et cela fonctionne assez bien.

Comment faites vous ?
Soit dans le style de l’intervention en essayant d’introduire de l’humour (mais c’est un exercice difficile qui peut être dangereux), soit en étant un peu provocateur : j’aime bien introduire dans mes présentations des informations ou des affirmations qui vont contre les idées générales afin de surprendre et de réveiller l’auditoire !

Pour Snapcar, quel est l’élément provocateur que vous utilisez pour attirer l’attention ?
Je n’ai pas encore eu l’occasion de présenter Snapcar lors de grandes assemblées, par contre, je l’ai souvent fait face à des investisseurs, dans des grandes entreprises, ou face à des journalistes.
Je dois convaincre de 2 choses : de l’intérêt de prendre une voiture avec chauffeur plutôt qu’un taxi, et expliquer que Snapcar a une approche qui se distingue de la concurrence.
En ce moment il y a un conflit assez fort avec les chauffeurs de taxi qui considèrent que les voitures avec chauffeurs sont en train de marcher sur leurs platebandes.
Pour parler à la presse et être audible, il faut souvent prendre des positions « aiguisées », sortir du discours consensuel, quitte à provoquer ! Récemment j’ai fait une tribune dont le titre était : « Mr le 1er ministre, nous n’appliquerons pas le décret que vous avez mis en place » (règle d’attente de 15mn pour les chauffeurs).
Ce titre accrocheur et provocateur a tout de suite fait réagir la presse et l’info a été largement reprise.

On vient de parler d’un communiqué écrit, mais comment vous préparez vous à intervenir quand vous êtes interviewé à la radio ?
Je ne me laisse pas envahir par le stress, car la communication passe très mal et cela s’entend immédiatement. D’autre part j’essaie d’être concis car on a généralement très peu de temps pour exprimer une idée ou un message qu’on veut faire passer, et c’est un bon exercice pour moi qui ai tendance à faire des phrases assez longues, ou à développer ma pensée !

Est ce qu’avant de faire des interviews, vous vous entrainez, par exemple à faire de phrases courtes, ou est ce que vous avez des techniques particulières ?
Je ne m’entraine pas spécialement mais je me mets bien en tête les 3 ou 4 idées fortes à faire passer, de préférence avec une phrase pertinente, parce que je sais que les médias la reprendront.
C’est d’ailleurs la méthode des hommes politiques qui arrivent toujours avec des phrases préparées, qu’ils placent quoiqu’il arrive !
Il n’y a rien de plus frustrant que de repartir sans avoir eu l’occasion de placer son idée principale, et je parle en connaissance de cause car cela m’est déjà arrivé !

Quels sont les conseils que vous pourriez donner, par exemple à un ingénieur, sur la façon dont il doit s’exprimer en public ?
La communication passe par le cerveau, (la raison), et par le cœur, (les émotions), il faut donc essayer de créer un lien idéalement émotionnel avec ses interlocuteurs et dire des choses dont on sait qu’elles vont plaire à l’auditoire. Si vous vous adressez à un public de militaires et que vous avez l’occasion de dire « mon oncle qui était dans l’armée m’a dit que… », vous créerez tout de suite un lien avec les gens à qui vous vous adressez !
D’autre part, comme je le disais précédemment, l’humour fonctionne aussi très bien.
Enfin il ne faut pas non plus oublier que la communication, cela consiste à raconter une histoire intéressante qui va capter l’auditoire, et qu’il ne s’agit pas seulement d’un défilé de slides !

Dernière question, si on vous téléphonait maintenant en vous proposant d’être dans 2 heures au JT de TF1 pour parler de Snapcar, que feriez vous ?
C’est le genre d’opportunité dont on rêve !
C’est un sujet que je maitrise parfaitement, donc je vais réfléchir aux 3 messages que j’ai envie de faire passer et que les gens doivent retenir.
Ensuite, je vais essayer de ne pas stresser, (de ne pas trop penser qu’il y a des millions de gens qui m’écoutent), et je vais aborder l’interview comme un dialogue avec le journaliste qui est en face de moi

Comment faites vous pour vous « destresser « ?
Pour ma part, le stress arrive quand je suis inoccupé, donc je ne vais certainement pas ne rien faire pendant 2 heures, au contraire, je vais tout faire pour actif jusqu’à l’entrée en piste !